Les notes économiques du LEAD et du Crédit Agricole Mutuel de Guadeloupe

Édito

Croissance économique : Quel sens ?

La croissance économique (l’augmentation agrégée de la production des biens et services sur une période suffisamment longue) est considérée, depuis longtemps, comme la pierre de touche de la performance économique.

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Parmi les statistiques modernes, elle figure, sans conteste, au premier rang des préoccupations des économistes et bien d’autres. Si, à la suite de certaines mesures prises, l’économie va moins bien qu’elle le devrait c’est que « la croissance n’a pas atteint le niveau que l’on attendait ».

Elle exerce une telle autorité que toute prévision à la baisse, voire même un quelconque ralentissement, engendrent peur et pessimisme, inhibent la confiance, annihilent la demande, découragent l’investissement, et semblent pérenniser le chômage. Les rapports d’experts ne font plus état (ou très peu) de crises, paniques, récession ou dépression car semble-t-il, ces termes exercent sur le moral des agents une influence négative. L’apparition du mot « ajustement de croissance » est venue se substituer à tous ces termes plus ou moins perturbants.

Mais la croissance économique est-elle tout-à-fait fiable ? Quel est son véritable sens ?

Dès la fin de la révolution industrielle, les économistes ont été amenés à se questionner sur le processus de la croissance : croissance éphémère chez les classiques et chez Keynes où la société évolue grâce à une croissance conjointe de la population et de la production. La production par tête aura tendance à augmenter (par l’efficacité de la division du travail) mais diminuera dès lors que les besoins de consommation d’un nouveau travailleur sont moindres que sa production.

Cinq étapes de la croissance sont distinguées chez Rostow : La société traditionnelle ou prénewtonnienne, la transition, le take-off, la maturité et l’ère de la consommation de masse. Pour Karl Marx, dont le nom et la barbe faisaient peur autrefois, « accumuler, accumuler, accumuler c’est la loi et les prophètes ». La croissance économique est considérée comme la dynamique du capitalisme qui, comme tout système porte en lui « les germes de sa propres destruction » devait inéluctablement conduire les capitalistes au « trépas » car « les expropriateurs seront à leur tout expropriés ».

Tous ces traits caractéristiques de croissance sont devenus un objet de raillerie pour beaucoup. Gardons-nous cependant d’être trop excessifs dans notre vision car il y a un peu de vrai dans toutes ces théories. Pour prendre un seul exemple, bien que le communisme par exemple, soit confiné au monde triangulaire de la Chine, de la Corée du Nord et de Cuba c’est bien par rapport à cette vision de Karl Marx que nous comprenons le rôle puissant des forces économiques dans la société.

On le voit : le tout temps, les idées, des faits et des problèmes – exigeant des investigations poussées plus avant ou revues complètement – ont constitué le corpus scientifique. Aussi même un examen soigneux de la définition de la croissance, bien que nécessaire ne suffit donc pas car son développement est constitué d’évènements significatifs les uns comme les autres.

En 1968, le club de Rome, fondé par Aurélie Peser, mettait en garde une société de consommation, en plein dans « les trente glorieuses », (expression dont la paternité revient à Fourastié) sur les conséquences des limites physiques de la croissance. En mettant l’accès sur le stock limité et non renouvelable des matières premières, le rapport Meadows concluait à une pénurie inévitable de celles-ci, d’où la justification du leitmotiv « halte à la croissance » qui s’en est suivi.

Dès 1975, un an après l’exceptionnelle croissance des économies occidentales, on se mit à parler de la croissance zéro.

Deux faits importants méritent d’être soulignés.

L’apparition des millions de chômeurs en Europe et la poursuite de la hausse des prix. L’âge d’or des trente glorieuses allait laisser la place à une période morose dont chacun l’espère moins longue pour ne pas avoir à faire le parallèle entre les sept ans de vaches maigres prédits par Joseph au pharaon d’Egypte.

La croissance n’explique pas tout : dans de nombreux pays, en dépit d’une croissance acceptable et prometteuse, le chômage continue à progresser. Les files d’attentes devant les magasins dans certains pays de l’est continuent et l’Europe malgré la « reprise » (étrange reprise !), ne parvient pas à réduire de façon durable la pente positive de la courbe du chômage.

Puisque le phénomène est général, ses causes sont à chercher dans une approche globale car, les leviers de commande nationaux semblent limités et donc peu efficaces. Ce n’est plus le national qui commande mais l’international avec des contraintes nationales. En Afrique où le taux de croissance moyen du continent est de 5% en 1996 la dégradation du niveau de vie est pourtant la norme.

D’aucuns pourront se méfier de ces statistiques car leur fiabilité est mise en cause même dans les pays riches. On lie le plus souvent la croissance au phénomène de développement.

Dans de nombreux pays d’Amérique centrale et certaines régions d’Asie, aucune croissance économique n’est décelable. Puisque la plus grande partie des analyses trouvent leur clé de voûte et leur pont d’appui dans l’étude de la croissance, ce monde-là est-il laissé de côté ?

Les Nations Unies estiment à plus de 85% la part des pays les plus développés dans le total des revenus et capitaux.

Pour beaucoup de pays d’Afrique, pour reprendre une expression de l’ancien Président d’Haïti Jean-Bertrand Aristide « l’avenir se situe entre la misère et la pauvreté ». Croissance singulière que celle qui ne montre pas suffisamment d’intérêt aux valeurs humaines alors le fossé se creuse de plus en plus entre pays riches et pays pauvres !

Cependant, en approvisionnant les pays industrialisés en matières premières le tiers-monde qui représente 75% de la population mondiale et dont le rythme rapide de la croissance de la population ne peut se comparer à celui de la croissance économique est une composante de la mondialisation.

Toutefois, notre visée ne doit pas être trop pessimiste et nous devons faire preuve de confiance. Ces échanges ont aidé certains pays en développement à améliorer leur taux de croissance :

l’Asie du sud-est avec Hongkong, Singapour, Corée du sud, Taïwan (son quatuor magique), la Malaisie, le Vietnam est considéré comme la partie la plus dynamique du monde actuel.

L’incertitude est actuellement la norme. Les prévisionnistes ont du mal, mais ne soyons pas trop extrêmes dans notre vision : le monde chaotique dans lequel nous vivons ne permet à rien d’y prendre une forme définitive et permanente car tout se trouve dans un flux perpétuel.

Naguère était annoncé à tout-va, le déclin des Etats-Unis, le temps des hirondelles pour la France.

Or, que constate-t-on ?

Aux U.S.A, le chômage régresse alors qu’il progresse en France. Ces observations nous montrent que la croissance des richesses nationales n’est pas une condition suffisante à la résolution du problème du chômage.

La dialectique fondamentale de notre époque réside d’une part dans l’attrait d’une communauté large tirant un maximum de gains de cette situation (c’est aussi bien le cas des accords de libre échange nord-américains (ALENA ou NAFTA) que de l’Union Européenne dans laquelle il est agréable de constater par exemple que les pays tels que la France, l’Allemagne et la Grande Bretagne ne sont plus en conflit mais en harmonie) et, d’autre part, le droit à la souveraineté pour appliquer des politiques macroéconomiques nationales différentes susceptibles de régler les priorités du moment.

Difficile de dire comment seront résolues ces questions. Quoiqu’il en soit, l’amélioration de l’économie mondiale, devrait tenir compte d’une croissance qui prenne en compte véritablement les besoins vitaux, sociaux et humains de la planète sinon, à quoi servirait-il de se battre pour construire une économie prospère, fondée sur une monnaie forte, une balance commerciale excédentaire, des taux bas ?

Pourquoi une économie prospère, si elle ne donne pas à tous la chance de s’épanouir ?

Jean Gabriel Montauban

Louis Pilard

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