Les notes économiques du LEAD et du Crédit Agricole Mutuel de Guadeloupe

Édito

Le 21ème siècle : le temps de la responsabilité ?

Jamais, sans doute ne s’est-on autant interrogé sur l’avenir des départements d’outre-mer et n’a-t-on attendu de leur développement qu’en cette fin de millénaire.

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En effet, un des changements les plus profonds et une des orientations les plus marquées qui caractérisent leur histoire récente est l’attention croissante que leur porte le Gouvernement.

Cette dernière s’est concrétisée par la rédaction émanant de personnalités venues des champs les plus divers : politiques (Lise-Tamaya), universitaire (Mossé), professionnel (Fragonard), etc.

Ces éléments nous invitent à nous interroger sur le bien-fondé de cette procédure inhabituelle qui témoigne clairement de la prise de conscience aiguë du Gouvernement et de l’ensemble de la société sur l’importance devant être accordée à la concertation afin de constituer un socle, permettant de dégager des projets essentiels pour le devenir des DOM. 

Nous sommes en effet au temps du savoir partagé car, le temps n’est plus où la légitimité du politique résidait dans le fait qu’il était seul à savoir. Rien ne vau la confrontation d’idées tant, il est vrai, qu’il n’existe aucune théorie, ni de grille de lecture unique, qui puissent nous livrer avec certitude les meilleures voies du développement pour le siècle à venir, ce siècle nouveau qui arrive à grand pas…

Toutefois, en dépit du fait que l’interdépendance étroite des enjeux politiques et économiques s’impose de façon naturelle, cette attitude, suscite, en même temps, le trouble.

Pour beaucoup, en effet, ces rapports n’ont pas apporté de véritables réponses aux différentes problématiques de l’économie guadeloupéenne.

Mais peut-on, cependant, raisonnablement penser trouver réponse à tout dans un document quel qu’il soit ? Il convient avant tout de se fixer des objectifs raisonnablement modestes et, dans le contexte actuel, la méthode qui paraît la mieux convenir, à notre avis, est celle de Henri Kissinger dite des petits pas : « chercher un petit progrès sur un progrès global plutôt de chercher un grand progrès sur un problème partiel ».

Les problèmes sont complexes. L’observation, même superficielle des indicateurs macroéconomiques montre qu’en dépit des progrès très nets constatés dans des domaines très divers et d’une égalité sociale qui vient d’être réalisée, le développement économique de la Guadeloupe, au regard national, est nettement insuffisant : le PIB par habitant de la Guadeloupe est 4 fois inférieur à celui de l’île de France (région la plus riche) et 2 fois inférieur a celui du Languedoc Roussillon (région la plus pauvre).

Dans ces conditions, quoi de plus normal que de procéder à un état des lieux afin de dégager les principaux enjeux ? Cette procédure est tout de même préférable et plus constructive que celle qui consiste à se perdre en conjectures et, faute d’un fil conducteur, ne pas faire la différence entre l’utopie et le réalisable, entre les rêveries les plus agréables et le seuil ultime possible.

Le rapport Mossé souligne le fait que l’anticipation dans les prises de décisions publiques dans les DOM est nettement insuffisante : « Quels que soient les choix futurs de la politique du développement qui seront faits, ils devront répondre à deux impératifs : s’appuyer sur information économique solide et se placer dans une vision prospective d’ensemble cadrant les principaux objectifs recherchés et les instruments à mettre en place pour les atteindre ».

Le rapport Fragonard trouve sa clé de voûte en quelques idées-forces dont deux auxquelles nous souscrivons pleinement :

  1. Les conditions de la réussite : des sociétés plus solidaires, une action publique plus dynamique.
  2. Les actions prioritaires : s’attaquer aux spécificités du chômage et de l’exclusion dans les DOM. 

Le développement économique exige rigueur, cohérence et sagacité. En matière de politique économique, il est bon de méditer l’approche scientifique telle que l’a définie Auguste Comte : Savoir, pour prévoir, afin de pouvoir.

La parution du numéro 5 des Notes Economiques du Crédit Agricole et du LEAD n’aura certes pas la même écho que celle des documents ci-dessus. Mais modestement le CA et le LEAD apportent leur pierre à l’édifice et qui sait si cette petite pierre n’assurera pas l’équilibre de l’ensemble ?

Bernard Lolliot

Jean Gabriel Montauban

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