Les notes économiques du LEAD et du Crédit Agricole Mutuel de Guadeloupe

Édito

Le chômage, du bien être au gaspillage…

Le chômage touche environ 30% de la population active en Guadeloupe. Ces taux étaient de 20% durant les années 1980 et de 12% au cours de la décennie 1970.

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Au début de l’année 1997, en France métropolitaine, plus de trois millions de la population recherchaient un emploi sans en trouver.

En Allemagne, le chômage a franchi la barre des 4 millions soit, près de 10% de la population active, un taux que ce pays n’avait jamais connu depuis 1949 !

Environ 20 millions d’habitants de l’Union européenne sont au chômage.

Ces chiffres sont terribles.

Suffisent-ils toutefois à traduire le désarroi des familles dans lesquelles plusieurs de leurs membres sont au chômage ?

Peuvent-ils rendre compte de l’angoisse de l’ouvrier qui restreint sa consommation afin de faire face à un éventuel licenciement ou de ceux, qui, par suite de la baisse de la consommation des familles, vendent moins et voient donc leurs revenus baisser ?

Même si l’on progresse vers l’harmonisation des chiffres du chômage entre le BIT et l’INSEE et que la mesure de celui-ci repose sur l’identification de trois critères : être sans emploi, en rechercher un et être disponible pour l’occuper, ces chiffres, derrière leur sécheresse, ne peuvent évaluer l’ampleur du phénomène. Pour l’étudiant prolongeant ses études afin d’améliorer ses chances d’embauche, tout en sachant que ces diplômes sont de moins en moins protecteurs ; pour l’ouvrier licencié, le chômage est une réalité. Evidente, difficile, obsédante, accablante.

En réalité, chacun a sa petite idée sur les causes du chômage : les allocations chômage, la Bundesbank, l’immigré etc … Ces propositions sont simplistes. Il paraît évident que l’on doit chercher à l’intérieur du système économique, les éléments explicatifs, interdépendants qui conduisent à la situation actuelle car le phénomène, en aucune façon ne peut être unidimensionnel.

Il possède, incontestablement un caractère systémique. Celui-ci conduit à distinguer par exemple le chômage naturel du chômage de déséquilibre.

Ce dernier mesure la différence entre les volumes globaux de l’offre et de la demande de travail.

Partant de cette définition, le chômage paraît simple à expliquer. La première affirmation relève plutôt du discours patronal : partage du travail, aide aux mères de familles voulant rester chez elles.

La deuxième se rattache bien plus - mais pas de façon exclusive : Henri Ford distribuait des salaires élevés à ses ouvriers pour que ceux-ci achètent ses voitures - au discours syndical : primes d’incitation aux entreprises pour la création d’emplois, augmentation des salaires, réduction du temps de travail sans diminution de salaire etc.

Pourtant, ni les allégements de charges sociales, ni la hausse des salaires n’ont donné de résultats significatifs. Ces divergences peuvent être résumées par cette question centrale qui préoccupe tant les économistes : Les entreprises doivent-elles mettre l’accent sur leurs coûts de production ou sur leurs perspectives de vente (comme préconisait Jevons) pour produire davantage ? Laquelle des deux options choisir ? Selon les époques, une idée a fait prime sur l’autre.

En 1930, les mesures visant à faire baisser les salaires ont plutôt amplifié la crise.

En 1980, la très forte hausse des salaires s’est accompagnée d’une explosion du taux de chômage.

Face à ces difficultés, certains ont recherché les causes du chômage entre l’inadéquation entre emploi offerts et emplois proposés.

« Un enseignement mal adapté –surtout à l’Université- peut être cause du chômage. Les entreprises pourraient proposer plus d’emplois et ne pas se sentir obligées de remplacer les hommes par les machines. »

« Si la mobilité était plus grande, les salariés trouveraient plus facilement un emploi. » Mais là encore, en France plus de 25% des salariés changent d’emploi. Le chômage est là et bien là. Réel, pesant, terrible, alarmant. Il progresse comme une maladie contagieuse. Et pourtant, les méfaits du chômage sont longtemps restés inaperçus.

Dans la cité grecque antique, le chômage. Le travail en était la perte. L’homme libre était celui qui pouvait ne pas travailler pour discuter. La noblesse en tirait là un élément de fierté. L’épanouissement de l’homme passait par une œuvre et non par le travail.

D’ailleurs, se référer à l’origine du mot travail peut clarifier les idées. Ce mot vient de tripalium qui signifie torture. Il était utilisé pour « décrire » le travail de la femme qui accouchait.

Bien que synonymes de nos jours, l’opposition travail/œuvre a toujours existé. Et cela dans plusieurs langues. Labour/work, Arbeit/werk, etc… Les choses ont bien changé. Tout le monde considère le chômage comme un handicap et un gaspillage.

La consommation effective étant inférieure à la consommation potentielle les revenus sont moindres dans les caisses publiques. Le chômage appelle le chômage.

L’hystérésis (le fait qu’un corps à un instant précis dépend de son évolution antérieure) pénètre l’analyse économique.

À la veille du troisième millénaire, n’est-il pas temps de songer à créer une structure compatible avec une croissance créatrice d’emplois ?

Louis PILARD

Jean Gabriel MONTAUBAN

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